La Maison des Vins de la Côte
Procédure ouverte
3 Chemin de la Tour, 1185 Mont-sur-Rolle
Publication
18.03.2016
Maître d'ouvrage
association pour l'étude du projet de maison des vins de la Côte
Galerie
Maître d'ouvrage & jury
Jury professionnel
- Bruno Marchand (architecte, professeur EPFL, président du jury),
- Pascale Roulet (architecte à Regionyon),
- Nicolas Delachaux (architecte),
- Pierre Meylan (architecte HES/SIA, urbaniste FSU, conseil de la Commune de Mont sur Rolle),
- Jean-Yves Le Baron (architecte paysagiste),
- Viviane Aeby (assistante projets tourisme, Regionyon),
Jury non professionnel
- Chantal Maurer (Municipale, Mont-sur-Rolle),
- Luc Pellet (vigneron, président de l’association maison des vins),
- Félix Pernet (vigneron, association maison des vins),
- André Mack (directeur de Lausanne Hospitality Consulting (EHL)),
- Bernard Flach (économiste du bâtiment),
Résultat du concours
L’association pour l’étude du projet de Maison des Vins de la Côte a lancé un concours d’architecture en procédure ouverte afin de pouvoir choisir un projet d’une Maison des Vins de la Côte qui se situera sur la parcelle N° 153 de la commune de Mont-sur-Rolle, au hameau de l’Ecole. Ce site, particulièrement sensible, au cœur d’un coteau viticole inscrit à l’inventaire des paysages IFP et à proximité de bâtiments patrimoniaux, exigeait un projet exemplaire et justifiait pleinement l’organisation d’un concours d’architecture afin de concilier au mieux les impératifs de préservation des qualités paysagères et historiques du site avec la fonction commerciale/touristique de « vitrine » d’un terroir viticole.
Critique des projets (extraits du rapport du jury)
Le jury recommande au maître d’ouvrage la poursuite des études avec le projet N° 68 « Entre murs ». Dans le cadre du développement du projet lauréat, le jury formule les recommandations suivantes:
- assurer l’accès aux personnes à mobilité réduite.
- améliorer, d’entente avec le maitre d’ouvrage, la fonctionnalité de certains locaux.
- optimiser, tout au long du processus, l’aspect économique.
1er rang, 1er prix: projet «Entre murs»
Le projet repose sur une lecture paysagère du territoire constitué de terrasses en pente exposées au soleil, contenues par des murs, murets et ouvrages de soutènement, et qui servent de support à des lignes d’échalas de vignes. Ces éléments construits façonnent le paysage typique de la vigne de la côte lémanique, caractéristique d’une culture ancestrale.
Le jury apprécie la grande qualité de la proposition qui reprend, dans son essence, ces qualités paysagères. L’insertion dans le site se fait dès lors par le modelage de deux volumes obliques aux pentes opposées, tenus latéralement par des murs, et qui abritent l’ensemble du programme. Par leur position exacte et contrôlée dans le terrain naturel, ces volumes créent ainsi un socle habité qui ne constitue pas un obstacle aux dégagements des bâtiments du hameau existant.
La toiture praticable de l’un des volumes, de nature minérale, génère ainsi un belvédère public, point dominant de vue du panorama spectaculaire du lac et des Alpes. L’autre volume se développe parallèlement à la pente naturelle du terrain, le tout donnant une image dynamique saisissante, réinterprétation contemporaine des murs de vigne habités, maçonnés en pierre de la région.
Depuis le parking situé sur le haut de la parcelle, traité comme un sol minéral homogène, on descend en pente vers l’entrée située dans l’interstice des deux volumes. Depuis cette situation centrale on descend vers la salle de réception qui se prolonge, en amont, par la salle de séminaire, et en aval, par une généreuse terrasse, légèrement surélevée par rapport aux vignes conservées et ouverte encore une fois sur le panorama.
Le volume parallèle à la pente contient essentiellement les espaces de service, avec une cuisine abondamment éclairée en aval et, en amont, une salle de dégustation introvertie et éclairée par des prises de lumière zénithales. Ce contraste des ambiances est particulièrement intéressant et, dans ce sens, on peut regretter que depuis le hall d’entrée on n’ait pas une belle vue sur le paysage, ce qui aurait été du plus bel effet, notamment suite au confinement du cheminement vers l’entrée, situé entre deux murs opaques. En effet, l’expérience client à l’arrivée n’est pas optimale, étant bloquée par l’entrée de la cuisine, alors qu’une vue ouverte sur l’espace de réception et le paysage serait plus judicieuse.
Le jury trouve ce projet très convaincant, notamment en rapport au thème donné, une Maison des vins, tout en devant s’assurer de l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. L’attitude paysagère qui fonde le projet non seulement permet une très bonne intégration par rapport au grand paysage et aux constructions viticoles existantes, mais, en plus accorde un caractère architectural et symbolique au bâtiment en pleine adéquation avec le programme.
2e rang, 2e prix: projet «Rolle in Stone»
Ce projet propose d'insérer dans la topographie, au milieu de la parcelle, un grand parallélépipède lisse, sobre et entièrement minéral. Seule l’arrête de la toiture très légèrement ondulée et son recouvrement vient subtilement contredire cette rigueur. Les façades sont percées de rares mais grandes baies vitrées en retrait, sans menuiserie apparente, révélant toute l'épaisseur des murs et mettant en adéquation les fonctions majeures ainsi que les regards sur le paysage.
Sa position centrale permet de conserver l'ensemble des murs de vigne de la parcelle ainsi que les deux ouvertures existantes. On accède à la Maison des vins par celle d'en haut en descendant légèrement jusqu'à un généreux parvis face à une large entrée vitrée. Celle d'en bas est dévolue aux livraisons séparant clairement les fonctions. Le parking est disposé en amont.
La coupe révèle la qualité des volumes intérieurs composés d’une succession de grands espaces coiffés de voûtes et reliés par un large escalier suivant la pente du terrain. Le niveau supérieur accueille l'entrée, la salle de conférences l'administration et les wc, alors que le niveau inférieur, ouvert sur une grande terrasse dans les vignes accueille les espaces majeurs des salles de réceptions et de dégustation ainsi que la cuisine et ses services.
Le projet fonctionne très bien, le parcours du visiteur est bien pensé et vendeur. L’accent est mis sur la matérialité, constituée d’une structure porteuse en pierres massives recouvertes d’un enduit brossé. La toiture, traitée comme cinquième façade, est recouvertes de pierres plates grossièrement assemblées, laissant une végétation pionnière la coloniser.
Le jury apprécie ce projet sobre est clair, donnant une image bien identifiable à la Maison des vins, dont la volumétrie est toutefois imposante dans ce site fragile. La matérialité, les voûtes, les ouvertures sur le paysage et l'organisation générale transmettent assurément une belle émotion viticole aux visiteurs. Il regrette toutefois que les auteurs n'aient pas proposé un concept d'exposition des vins dans la salle de réception.
3e rang, 3e prix: projet «In Vino Veritas»
Le bâtiment s’implante dans la partie haute du site. Il offre, en toiture, une terrasse-jardin qui assure le prolongement de la place actuelle. Le programme de la Maison de vins est réparti sur deux niveaux dans un bâtiment compact et discret dont les façades reprennent l’alignement des murs existants qui bordent la route du Cœur de la Côte et la route de Gimel. L’entrée haute du bâtiment est matérialisée par un escalier et un ascenseur traité à l’image d’une faille entre le jardin existant sur la parcelle voisine et le nouveau volume. Le jury apprécie tout particulièrement l’implantation du bâtiment, à l’articulation de l’espace public et la volonté des auteurs de proposer une architecture retenue, en accord avec le milieu viticole environnant. Néanmoins, le projet souffre d’un manque de visibilité, en contradiction avec la vocation publique de l’objet.
Sur le plan des aménagements extérieurs, l’implantation haute d’un volume compact permet de maintenir d’importantes surfaces plantées en vigne. La situation du parking intramuros, au point bas de la parcelle est judicieuse car elle permet de masquer les vues sur les carrosseries. Ce positionnement permet au visiteur de cheminer agréablement le long des vignes pour rejoindre l’entrée basse. Néanmoins, la position détachée de la place de stationnement a contraint les auteurs du projet à proposer deux entrées publiques ce qui engendre une lecture peu claire du fonctionnement pour les visiteurs. Le jury regrette le traitement végétal de la toiture qui contredit la volonté de prolonger l’espace public minéral.
Sur le plan fonctionnel, le projet est bien résolu mais les espaces de dégagement et de circulation souffrent d’une certaine exiguïté. Le programme est réparti dans trois travées voûtées faisant référence aux caves de la région. La salle de séminaire, située au niveau inférieur, souffre d’un manque de lumière et de vue sur l’extérieur. La volonté de proposer un seul escalier pour le public et les livraisons relève d’une réelle volonté de rationalité. Néanmoins, son étroitesse ne permet pas à un groupe de personnes de se croiser ou de circuler confortablement.
L’introversion du projet confère des ambiances intérieures intimes mais peu lumineuses qui n’offrent que peu de perspectives sur le paysage de la Côte.
Sur le plan de sa matérialité, le projet propose un béton structuré pour accrocher la lumière et teinté dans la masse de manière à se fondre dans le grand paysage. Les photomontages sont convaincants et donnent à lire un projet bien intégré. A l’intérieur, l’usage du bois et des briques confère aux espaces une atmosphère chaleureuse.
Sur le plan économique, la volumétrie compacte et l’organisation des locaux en font un projet économique et rationnel dans sa mise en œuvre.
mention, 4e prix: projet «Assemblage»
Hors périmètre et sur la parcelle 155, ce projet s'inscrit dans la continuité et l'axe du chemin de la Tour. Cette insertion compose habilement avec le hameau et apporte une cohésion construite à relever. Par cette composition, une nouvelle place publique arborée est crée et conforte la promenade en belvédère et le rattachement au parking existant. Dans sa partie frontale, la Maison de Commune est libérée de toute forme de bâti et conserve ainsi sa vue et un dégagement sur le paysage proche et lointain. La parcelle 153 conserve sa vigne sur l'ensemble de la parcelle. L'expression architecturale sous la forme d'un volume monolithique béton et d'une toiture à deux pans est appréciée. L'intégration dans le site est perçue comme intéressante et participe à une nouvelle définition du hameau.
Le programme de la Maison des Vins se développe sur deux niveaux bien organisés et de taille équivalente. L'entrée se fait par la place haute et se trouve confortée par une terrasse à ciel ouvert. La salle de dégustation prend place au rez-de-chaussée supérieur et s'ouvre sur le sud à travers une large fenêtre. Son dessin et son organisation offrent une qualité appréciable pour l'expérience du visiteur. Cependant sur le plan de la gestion du site, la salle de dégustation est trop éloignée des stocks de bouteilles. Cette organisation nécessiterait de créer un stockage intermédiaire.
La Cuisine, quant-à-elle, s'oriente au nord et en contact direct avec l'accès livraison débouchant sur la Route du Coeur-de-la-Côte. L'étage inférieur ouvert sur la vigne accueille l'administration, la salle de séminaire, le caveau et les services. Hormis la combinaison entre la salle de séminaire et la terrasse, les espaces en général sont perçus comme trop fractionnés et manquent de polyvalence et d'adptabilité.
Pour le stationnement, 10 places sont proposées le long du mur de vigne sur la Route du Coeur-de- la-Côte. La liaison piétonne avec le chemin de la Tour est assurée par un nouvel escalier s'implantant parallèlement à la Route de Gimel.
Le jury relève la qualité et le courage de la proposition. Cette réponse suscite un débat intéressant parmi les experts. Cependant cette insertion construite limitée strictement à la parcelle 153 contribue à une certaine obturation du paysage depuis la partie basse de la Route du Château. La position du parking ne convainc pas et la terrasse proposée semble appartenir davantage à l'espace public qu'à la maison des Vins.
4e rang, 5e prix: projet «Le mur dit vin»
Le bâtiment s’implante de manière linéaire dans le site et s’appuie sur le mur existant qui borde la route du Cœur de la Côte. Cette implantation permet de maintenir, à l’aval, une importante surface plantée en vigne. Le projet prend la forme de deux parallélépipèdes rectangles reliés par deux terrasses situées à des niveaux différents composant ainsi un intéressant jeu de « plateaux ». Le projet, bien intégré dans son milieu, reste bas et cherche à ne pas faire obstacle au bâtiment de l’administration communale situé à l’amont. Le jury apprécie tout particulièrement la volonté des auteurs de fragmenter la construction en deux volumes distincts permettant de maintenir une percée visuelle et de rompre la linéarité de l’ensemble.
Sur le plan des aménagements extérieurs, le bâtiment est très bien connecté à l’espace public grâce à des accès depuis le haut et le bas du terrain. Le parking prend place à l’aval de la parcelle, à l’intérieur du mur en pierre. Cette situation est judicieuse car elle permet d’éviter la vue sur les carrosseries. Néanmoins, la position basse de la place de stationnement a contraint les auteurs à proposer deux entrées publiques disposées à des niveaux différents ce qui engendre une lecture peu claire du fonctionnement pour les visiteurs. L’usage de la terrasse principale n’est pas optimal en raison de son étroitesse et de la situation de l’escalier donnant accès au parking.
Sur le plan fonctionnel, la répartition du programme est bien résolue sous la forme d’un parcours composé de demi-niveaux reliés les uns aux autres par un habile jeu d’escaliers et de rampes. Les pièces en enfilade offrent une réelle richesse des espaces intérieurs qui incitent l’usager à la découverte en déambulant d’une pièce à l’autre. Cette disposition offre une bonne polyvalence des espaces. Ce système engendre néanmoins d’importantes surfaces dévolues à la circulation. Le jury regrette la situation enterrée de la salle de séminaire ajourée par des fenêtres en bandeau de petites dimensions. L’espace découverte, proposé comme une pièce indépendante du hall d’entrée, contribue à accroître les surfaces bâties.
Sur le plan de la matérialité du projet, le jury émet des doutes quant au choix du pisé (terre crue) pour la composition des façades. Si ce mode de faire semble approprié à la conservation du vin, ce système constructif n’entretient aucun lien avec l’histoire et le savoir-faire du lieu. Les éléments perforés insérés dans les façades latérales apportent, en revanche, une réelle valeur ajoutée à l’ambiance lumineuse intérieure qui évolue au gré de la course du soleil. Aucune indication n’est fournie quant au revêtement de la toiture très exposée à la vue depuis l’amont. Sur le plan économique, la générosité des espaces servants engendre des volumes bâtis et des volumes d’excavation importants ayant pour conséquence un projet coûteux dans sa mise en œuvre.
mention, 6e prix: projet «Le mur dit vin»
L’ « objet » se raccroche au mur existant qui longe la route d’accès au village, un mur dilaté qui abrite le programme et suit la pente de la parcelle. Fort heureusement on ne marche pas sur la toiture de cette maison sculpture, ni on ne cherche à minimiser son impact. C’est la force d’un élément brut mais intégré de manière sensible au contexte. Si, du côté du piéton, le regard n’est jamais obstrué par le bâtiment, le jury aurait souhaité pourvoir appréhender la vision de cette masse de béton depuis le village ou en venant de Rolle.
On entre par une anfractuosité, on glisse le long de la pente dans des cavernes successives, accompagné par le mouvement du plafond. La beauté du parcours intérieur, riche, surprenant, invite à la déambulation, notamment dans les espaces d’accueil où le thème du clair-obscur est maitrisé. La question de la lumière reste toutefois un point délicat notamment pour la salle de séminaire borgne et la cuisine très en retrait de l’unique fenêtre. La salle de dégustation est un élément particulier, propice à la concentration, elle a tous les atouts pour devenir un emblème de la Maison des vins. La poésie de la terrasse au milieu des vignes est appréciée du jury, elle sera peut-être amoindrie par la réalité de l’installation accueillant les clients.
L’accès est bien géré, le projet réorganise l’esplanade en place publique, fontaine, belvédère. On descend ainsi sur une plateforme inférieure pour entrer dans la Maison des vins. Généreux cet espace n’est toutefois pas garanti car il se trouve sur la parcelle 155 contiguë, dont la mise à disposition n’est pas programmée. Le risque, que l’accès à l’édifice devienne ainsi un simple escalier peu visible, est grand. De plus le projet n’intègre pas de places de stationnement sur la parcelle comme demandé, à l’exception de l’accès livraison et pour les personnes à mobilité réduite. Le jury ne peut donc recommander ce projet pour des prix.
Les pièces étant disposées en enfilade, la fonctionnalité n’est pas optimale. La longueur des parcours, la situation de l’administration en bout de bâtiment (il faut traverser la salle de séminaire pour y accéder), induisent une circulation des marchandises malaisée et une gestion difficile pour le personnel. Par contre la polyvalence entre salle de réception, cuisine et « crypte de dégustation » est intéressante.