Concours d’idées sur invitation Champéry «Monteilly»
Procédure sur invitation
11 Route de la Fin, 1874 Champéry
Publication
16.11.2016
Maître d'ouvrage
Téléchampéry Les Crosets Portes du Soleil SA (ci-après Téléchampéry) | Exhenry Pierre-Ignace | PPE Cadanoma, Exhenry et Csrt | PPE Les Lodges, Gex-Collet, Berthoud et Csrt | Mountain Resort Real Estate Funds Sicav (ci-après Mountain Resort)
Galerie
Maître d'ouvrage & jury
Jury professionnel
- Philippe Venetz (Président, architecte cantonal SBMA, Etat du Valais),
- Jacques Richter (architecte EPFZ FAS SIA),
- Joël Chevraz (architecte EPFL FAS SIA),
- Patrick Aeby (Architecte EPFL FAS SIA),
- Matthias Armengaud (architecte DPLG, urbaniste),
- Lucien Barras (architecte EPFL SIA, urbaniste FSU),
- Laurent Mayoraz (architecte SBMA, Etat du Valais),
Jury non professionnel
- Luc Fellay (Vice-Président, président de la commune de Champéry),
- Olivier Wermeille (conseiller municipal Constructions, Aménagement du Territoire, Urbanisme, Champéry),
- Luc Défago (Membre du conseil d’administration de Téléchampéry Les Crosets Portes du Soleil SA),
- Mathieu Exhenry (propriétaire foncier, Champéry),
- Boris Clivaz (Mountain Resort),
- Pierre-Ignace Exhenry (propriétaire foncier, Champéry),
- Pascal Bergero (Directeur de Téléchampéry Les Crosets Portes du Soleil SA),
- Philippe Lathion (Mountain Resort),
Résultat du concours
Par l’importance accordée aux activités dévolues aux familles et par un projet paysager de qualité, le bureau Fournier-Maccagnan remporte le concours d’idée pour la station de Champéry.
Objectifs du Concours
Le village de Champéry est actuellement divisé par la route cantonale en deux entités: le «haut» et le «bas» du village. Le secteur du «Monteilly» se situe à l’intersection de ces deux entités et est donc appelé à jouer un rôle central dans le cadre du développement de la station.
L’excellente desserte en transports du site est un de ses meilleurs atouts. L’arrivée de la ligne de train Aigle-Ollon-Monthey-Champéry à l’Est du secteur et la route cantonale qui le traverse permettent un transfert rapide et direct au téléphérique.
D’une surface d’environ 20’000m², le site est actuellement occupé principalement par des surfaces de parking destinées à la gare et au téléphérique.
Les différents propriétaires fonciers et la commune souhaitent dynamiser la station en favorisant la venue d’une nouvelle clientèle qui pourra être hébergée à proximité immédiate de ce site névralgique. Cependant ce dernier est difficilement constructible en raison de la contrainte du tracé du téléphérique.
L’enjeu principal de ce concours est donc de concevoir un nouveau lieu de résidence et d’animation touristique en tenant compte des contraintes de gabarits, des divers flux motorisés et piétonniers et de l’environnement bâti existant.
Le concours a pour but de répondre à plusieurs objectifs:
- Créer un pôle d’activités fort au lieu de convergence des activités liées au sport
- Redynamiser l’hôtellerie de la station en créant un nouvel établissement
- Créer des résidences touristiques pour les familles et des complémentarités liées à l’organisation globale (garderie, restauration, etc.)
- Créer des infrastructures qui permettent une utilisation des potentialités été comme hiver
- Augmenter le nombre de places de parc de stationnement à disposition des skieurs
- Trouver une nouvelle complémentarité entre le «haut» et le «bas» du village
La réponse urbanistique à ces objectifs doit se faire en parallèle avec le volet économique, celui-ci devant permettre à l’issue du concours d’idées de valider le plan financier global en cohérence avec le développement urbain et permettre de confirmer les investissements privés et publics.
Critique des projet (extraits du rapport du jury)
Le jury s’est réuni en date du 23 et 24 août 2016 à la salle paroissiale de Champéry A l’issue de ces présentations, une délibération finale a eu lieu et le jury a désigné de manière unanime le projet CASPER lauréat du concours d’idées, en vue de la poursuite des études selon le programme.
Projet lauréat: «CASPER»
Le projet CASPER se fonde sur une lecture fine du contexte naturel et construit. Il aborde l’ensemble des problématiques soulevées par le projet de requalification du périmètre de Monteilly avec ambition et précision. Renonçant à tout geste fort, ce projet propose une continuité critique du village de Champéry vers l’Est et la route de la Fin au travers d’une réinterprétation sensible de l’architecture de montagne.
Une série de bâtiments de dimension moyenne est implantée sur le flanc Sud du périmètre selon une orientation Nord/Sud. Décalés les uns des autres, ils s’échelonnent dans la pente puis progressivement se séparent pour former, en aval de la route de la Fin, un hameau adjacent à la station de départ du téléphérique de la Croix-de-Culet. L’hôtel prend place à l’entrée Nord du périmètre. Disposé en front de rue devant la coop, cet équipement est décomposé en trois volumes de taille moyenne qui s’échelonnent vers le Sud. Au centre de la proposition un vaste espace public prend place de part et d’autre de la route de la Fin. Ponctuée par un bâtiment singulier abritant la crèche, la place disposée à l’Ouest accueille les activités des familles en hiver comme en été. Cette place amorce un cheminement piétonnier vers le village de Champéry rendu possible par le déplacement de la route d’Entrevayes au Sud du périmètre. La proposition d’un nouveau parcours piéton reliant la gare au Palladium complète le dispositif de mobilité douce. Le cheminement vers le centre villageois et les nouveaux espaces publics sont accompagnés par un projet paysager généreux renforçant l’intégration du projet Casper au contexte.
Le programme de parking souterrain est organisé sous le nouvel espace public, les véhicules sont captés dès l’entrée Nord du périmètre au moyen d’un tunnel, délestant ainsi la route de la Fin d’une partie de son trafic. Les sorties sont localisées avec pertinence dans l’espace public avec notamment l’une d’entre-elles prenant place à la pointe Nord/Ouest du site à proximité du centre villageois.
Les typologies proposées pour la résidence hôtelière sont, pour l’essentiel, de type traversant et bénéficient de l’orientation Nord/Sud retenue pour l’ensemble des maisons.
Les volumes bâtis ainsi que le volume de construction se situent dans la moyenne des projets présentés.
Le jury a été séduit par la finesse et la pertinence des analyses et des propositions formulées par les auteurs du projet Casper. Il a également été convaincu par l’importance accordée aux activités dévolues aux familles et aux enfants dans la définition de l’espace public ainsi que la qualité paysagère de celui-ci. Il émet toutefois des doutes quant à la résolution de l’entrée Ouest du périmètre et propose de reconsidérer l’implantation et la volumétrie de l’hôtel ainsi que le dispositif d’accès au parking.
Projet non primé: «nessie»
Le projet nessie repose sur une ambition forte découlant des contraintes du programme et du site. Il cherche à offrir au village de Champéry une porte d'entrée, un centre de gravité et une nouvelle image.
Un grand giratoire implanté sur la route de la Fin distribue les accès aux différents parkings souterrains. Une place publique, entièrement piétonne et dénivelée par rapport à la rue, est aménagée sur la dalle des parkings. L'hôtel est implanté au Nord de la place publique, avec une orientation plein Sud. Un bâtiment- pont abritant la résidence de tourisme est jeté par dessus la route, afin de stopper les flux de véhicules et de relier la place publique avec la gare du téléphérique par dessus la route. Sa grande toiture inclinée est utilisée en hiver comme piste de ski pour les enfants et en été comme parcours VTT. Par sa forme et sa position, le bâtiment principal évoque un barrage érigé à travers la vallée, une montagne artificielle ou encore un tremplin de saut à ski. Un troisième volume bâti, singulier par sa géométrie en forme de caillou et sa matérialité réfléchissante, abrite un bar à vin et le solde de la résidence de tourisme. Il ferme la place à l'Ouest et offre un point de vue sur la place publique, la gare du télécabine et les Dents-du-Midi. Au centre de cette composition, les mouvements du téléphérique sont magnifiés. Les logements pour le personnel sont implantés au Nord du magasin, dont ils prolongent le socle.
Les images proposées pour l'aménagement des espaces publics sont convaincantes, principalement pour la saison d'hiver. Entourée par l'hôtel, le bar à vin et la piste de ski, la place principale profite d'un beau dégagement et peut être animée.
Toutefois, par la grande échelle des constructions, les toitures plates, ainsi que la matérialité des façades (béton, verre, bois), le projet propose une image contemporaine qui tranche fortement avec le reste du village. Malgré certaines constructions de grande taille, le village de Champéry est connu et apprécié pour ses chalets en bois et son caractère montagnard. Le jury estime donc que l'image proposée s'en écarte fortement et rend notamment difficile la commercialisation des logements touristiques.
La volumétrie en barre est également critiquée, puisqu'elle produit un nombre important de logements mono-orientés au Nord, avec vue sur le giratoire, l'entrée des parkings ou la zone de chargement de la télécabine. Le choix d'une typologie avec un couloir de distribution central ne semble pas pertinent pour la résidence de tourisme.
Le jury estime également que les surfaces attribuées à la gestion des circulations sont exagérées, en comparaison des autres espaces publics (place de l'hôtel au Nord et de la gare au Sud). L'emphase des entrées pour les différents parkings n'est ainsi pas à l'échelle du village.
Les volumes bâtis ainsi que le volume de construction se situent dans la moyenne des projets présentés.
Projet non primé: «sous le soleil, dans la neige»
Le projet sous le soleil, dans la neige procède d'une logique claire de densification maîtrisée. Il s'inscrit dans la pente caractéristique du site et cherche à minimiser l'impact d'un programme très dense, sans cacher une évolution du lieu vers de nouvelles pratiques et architectures.
Avec trois principes très simples, pour une inscription résiliente dans le site, le projet propose une solution urbaine, à l'inverse de toute proposition de composition qui devrait obligatoirement se réaliser en une tranche.
Tout d'abord une trame qui suit la pente comme toutes les implantations traditionnelles, pour une orientation générale optimale. Ensuite, le bâti peut s'implanter en remplissant les espaces nécessaires pour obtenir une figure dense et modulable. Enfin, les vides publics proposent une hiérarchie entre une place centrale au pied des commodités de mobilités, et des axes et venelles, dans l’idée de démultiplier les possibles, les vues et les ouvertures si caractéristiques de Champéry.
Néanmoins le jury regrette une équivalence récurrente entre les pleins et les vides. Par le manque de richesses des sous-espaces, l’auteur propose une composition incitant peu les flux piétonniers à l’emprunter. La place centrale inférieure taillée dans la pente, au bord de la route de la Fin et donnant sur le giratoire à bus, est peu convaincante, tant en dimensions, qu’en attractivité. En occupant quasiment tout l’espace à disposition, l’auteur se voit obligé de reléguer la piste de snowly et mountain kids bike hors périmètre, se privant par la même occasion d’exploiter ce vide pour animer les espaces créés. La position de l’accès au parking public souterrain, obligeant à traverser le site, péjore encore l’intérêt de la place. Le problème de trafic et croisement des flux n’est pas résolu, mais est même renforcé.
D'apparence simple, le projet possède des arguments très divers, particulièrement bien soulignés lors de la présentation orale, d'adaptabilité, de clarté de mise en œuvre, de maitrise de phasages éventuels, de coût global. Une certaine complexité n'est ni cachée, ni totalement solutionnée. Les logements de la résidence hôtelière sont traversants, simples et respectent la demande de l’investisseur. En implantant un hôtel assez sculptural en entrée de site, l’auteur l’isole néanmoins de la place des activités. Enfin, la rampe d’accès créée au Nord du téléphérique ne fonctionne pas en l’état, les accès des utilisateurs devant se faire latéralement au bâtiment.
Le jury a d'abord été perplexe envers ce projet trop "«urbain» et dont certains alignements pourraient laisser prévoir un conflit avec le paysage du village existant. Pour autant, par la maitrise de tous les éléments de programme et la dimension intéressante des gabarits, le projet est devenu au fil des discussions l'incarnation du «projet urbain» avec toute sa technicité et son efficacité, face à des propositions en général plus «architecturales» de mise en scénographie de l'espace.
Le jury regrette qu'à un «process urbain» assez puissant soit associée une mise en forme sans réelles richesses spatiales.
Projet non primé: «SNOWTHERAPY»
Combinant empilement et étalement, le projet marque l’entrée du site par un hôtel vertical et répartit le programme résidentiel et public dans des bâtiments dispersés au sud du périmètre. Ils sont reliés au téléphérique et à la gare par un cheminement piétonnier surplombant le grand vide de la place.
La place est le lieu des convergences piétonnes et routières. Elle définit un grand vide, offrant par sa polyvalence, toutes les activités susceptibles de s’y développer. La disposition des bâtiments a confiné son espace pour l’adapter à l’échelle villageoise. Les routes de transit, les accès parking, la gare des bus sont atténués (voir gommés) par l’aménagement d’une zone de rencontre où le piéton est prioritaire. Sa pente douce minéralisée s’étend du téléphérique à la garderie en amont. Interconnectée avec la passerelle enjambant la route, le parcours se prolonge vers le village via la ruelle existante. Une ligne d’arbres est évoquée sur son côté nord.
Les parkings et leur accès (résidence et publics) se situent au sud-ouest nécessitant la traversée du site pour tous les véhicules. Le parking de l’hôtel est aménagé sous le bâtiment avec accès indépendant.
La résidence hôtelière et le programme complémentaire se répartissent en 8 bâtiments identiques, de hauteurs différentes. Les plus bas, espacés, se situent côté village avec la garderie face à la place. Les plus hauts, proches des gares, densifiés, créent une placette bordée par les rez commerciaux. Ces regroupements permettent une répartition différenciée des locations privilégiant animation ou tranquillité.
Les bâtiments, de forme polygonale, évoquent le plan des toitures à sifflet du Val-d’Illiez avec leurs avant- toits « fermés ». Leurs façades obliques développent des perspectives multiples. Chaque niveau comprend un couloir central (ouvert aux extrémités) qui distribue 4 à 6 logements, orientés village ou montagne, de différentes dimensions.
Les porches d’entrée colorés sont raccordés au cheminement piéton. Les façades sont recouvertes de bardages sombres. Les fenêtres se positionnent aux angles et en bandeaux, regroupant deux chambres. Le volume des bâtiments se situe dans la moyenne des projets, celui des parkings souterrains est inférieur.
Malgré la clarté du concept général, le vide brut, »dénaturé », total minéral, du traitement de la place n’a pas convaincu le jury. L’aménagement d’une zone de rencontre n’est pas réaliste en présence de deux routes cantonales. La concentration des accès (parking, téléphérique, rangements ski) et des activités commerciales vont immanquablement faire basculer son unité. Sa polyvalence n’est pas un atout. L’attrait des manifestations doit d’abord faire vivre la Rue du Village ou profiter des installations du Palladium.
Projet non primé: «O CHAMP!»
Le projet propose une composition de bâtiments qui s’articulent autour d’un grand espace et d’un giratoire, créant une interface de transport multimodale. La présence de l’espace routier devient prépondérante.
5 nouvelles grandes constructions sont distribuées autour de ce nouvel espace en complément du bâtiment des remontées mécaniques et des chalets Cadanova et Jonquilles. La gare de départ du téléphérique, pourtant de volumétrie marquante, devient presque anecdotique dans cette composition.
Un giratoire souterrain, éclairé naturellement et implanté sous le même giratoire de la place, distribue 3 parkings. Ceux-ci ne tiennent pas compte des descentes de charges des immeubles situés au-dessus. Une seule entrée et sortie de parking est prévue en amont de la Place, au Nord du bâtiment Cadanova. En plus des coûts de réalisation élevés, la conception générale de ce parking est inappropriée. Sa réalisation par étapes devient extrêmement difficile.
Les 3 bâtiments Sud sont des résidences hôtelières distribuées avec un plan identique indépendamment de l’orientation ou du contexte spécifique. Les typologies sont néanmoins variées et d’intérêt. Les rez-de- chaussée de ces 3 bâtiments comprennent des casiers à skis et des locaux commerciaux tels que magasin de sport et bar.
Le bâtiment situé au Nord contient l’hôtel M ainsi que la salle polyvalente dont les entrées se situent au niveau de la galerie commerciale. L’hôtel est également accessible depuis la terrasse supérieure. Son emplacement est jugé adéquat.
Le cinquième bâtiment, plus petit en taille compte tenu des contraintes du gabarit du téléphérique, comprend la garderie et les logements pour les saisonniers.
Le tracé de la route de la Fin n’est pas modifié, ni celui de la route d’Entrevayes qui monte au Village. Le nouveau giratoire semble hors d’échelle et n’apporte pas d’avantages substantiels par rapport au carrefour actuel. Deux arrêts de bus sont aménagés dans le giratoire, une zone K&F et quelques cases de surface complètent la proposition. Les liaisons piétonnes entre ces arrêts suivent le pourtour du giratoire, ce qui allonge certains mouvements. Le jury n’a pas identifié les 2 arrêts complémentaires demandés dans le cahier des charges.
Une place est créée au nord, entre les bâtiments projetés et la route d’Entrevayes. Ses dimensions sont relativement modestes, notamment en comparaison avec la partie routière du projet. La liaison entre cette place et la rue du Village se fait par un cheminement en site propre, mais qui doit franchir à niveau la route d’Entrevayes. Côté sud, les liaisons entre la nouvelle place et les gares AOMC et du téléphérique nécessitent des détours, vu la configuration ovoïde du giratoire, et deux traversées à niveau de la route de Fin.
L’implantation générale des bâtiments va à l’encontre du contexte du village de Champéry, aussi bien dans l’orientation des faîtes que dans leurs volumétries. L’intention de l’auteur de dérouler ses bâtiments en direction de la rue centrale, dans le but d’inciter le mouvement piétonnier et renforcer son attrait, n’est pas comprise par le jury. Les nouveaux « chalets » réinterprètent la géométrie en plan des toits à sifflets, caractéristique du Val d’Illiez sans en respecter les règles. Ce projet, jugé hors de l’échelle villageoise et ne respectant pas ses règles de construction n’a pas convaincu le jury.