Château de la Tour-de-Peilz et Musée du Jeu
Château de la Tour-de-Peilz, 1814 Lac Léman
Publication
27.04.2016
Maître d'ouvrage
Ville de La Tour-de-Peilz - Service domaines & bâtiments
Galerie
Maître d'ouvrage & jury
Jury professionnel
- Aurelio Galfetti (architecte SIA diplômé EPF, Aurelio Galfetti Studio d’architettura, Lugano-Massagno),
- Antoine Graf (architecte diplômé EIG EPFL, Graf & Rouault architectes, Lausanne),
- Marisa Lista-Taddei (architecte SIA diplômée EAUG, adjointe au chef du Service Domaines et Bâtiments, La Tour-de-Peilz),
- Marco Rampini (architecte SIA REG A diplômé EPFL, architecte paysagiste FSAP, ADR architectes, Genève),
- Laurent Savioz (architecte SIA REG A diplômé HES, savioz fabrizzi architectes, Sion),
- Blaise Ph. Junod (architecte SIA REG A diplômé EPFL, AC Atelier Commun SA, Lausanne),
Jury non professionnel
- Lyonel Kaufmann (Syndic, président du Conseil de la Fondation du Musée Suisse du Jeu, La Tour-de-Peilz),
- Vincent Perrier (vice-président du Conseil de la Fondation du Musée Suisse du Jeu, Saint-Légier-La Chiésaz),
- Yves Roulet (, ing. en sciences de l’environnement SIA REG A, chef du Service Domaines et Bâtiments, La Tour-de-Peilz),
- Taraneh Aminian (conseillère municipale Domaines et Bâtiments, La Tour-de-Peilz, présidente),
Résultat du concours
Le bureau AVIOLAT CHAPERON ESCOBAR remporte le concours pour la restauration le réaménagement du château et la réaffectation des locaux du Musée suisse du jeu. Le concours d'idée pour le site du château a été gagné par le bureau ARCHITECTUM.
Concours d’architecture en procédure ouverte comprenant conjointement: un concours d’idées pour la restauration et le réaménagement du site du Château et un concours de projets pour la restauration et le réaménagement du Château et la réaffectation des locaux du Musée suisse du jeu
Objectif du concours
Le Château de La Tour-de-Peilz, propriété de la Ville de la Tour-de-Peilz, est un monument historique composé de constructions datant des 12e, 13e, 19e et 20e siècles. Il a été classé monument historique par arrêté du Conseil d’Etat. Le recensement architectural du canton de Vaud lui a attribué la note *1*, lui conférant une importance nationale. Le Musée suisse du Jeu y est installé depuis bientôt trente ans.
L’objectif mutuel de la Municipalité et de la Fondation du Musée Suisse du Jeu, est d’assurer la pérennité du monument et de l’institution. Cet objectif se décompose en deux vecteurs:
- d’une part, la mise en valeur du château en tant que tel, à savoir les bâtiments, tours, murs d’enceinte et cour qui le composent, mise en valeur fondée sur l’interprétation de leur histoire; il s’agit tout d’abord d’assainir et de restaurer le château; ce projet à réaliser s’inscrit dans la perspective d’un réaménagement futur de l’ensemble de la parcelle visant à restaurer des éléments importants du site perçus tant depuis le lac que depuis la ville, permettant d’en améliorer la visibilité, l’accessibilité et la compréhension historique.
- d’autre part, il s’agit de placer le musée dans cet écrin en rendant habitables, suivant les normes actuelles aux plans de la sécurité et du confort, les parties des bâtiments qui le nécessitent, d’y installer les techniques nécessaires à leur usage en tant que musée moderne et d’en affecter les locaux et espaces au programme révisé du musée, y compris son agrandissement, auquel s’ajoute celui d’un café-restaurant et de salles d’accueil.
Les participants avaient pour tâche d’élaborer un avant-projet de restauration du château et de réaménagement du musée qui réponde au cahier des charges du concours de projets et d’étendre leur réflexion et leur proposition à l’ensemble du site dans le cadre d’un concours d’idées.
Critique des projets (extraits du rapport du jury)
Concours de projets
1er rang, 1er prix: projet «NICK CAVE»
Le projet se distingue par des choix d’intervention et de transformation particulièrement attentifs à l’existant.
Un projet en filigrane qui parvient à conserver toute leur substance au corps de logis principal, à la maison du jardinier et aux différents espaces extérieurs. En revanche, et comme en opposition à la proposition minimaliste sur les autres entités composant le château, le projet invente une occupation complète du terre- plein de l’ancien donjon.
Le projet propose de consacrer le corps de logis au programme muséographique avec, au rez-de-chaussée, la réception, la boutique, la bibliothèque et la salle d’animation. Les deux étages supérieurs sont occupés par les salles de l’exposition permanente. Une intervention sur l’escalier central, ciblée et ne portant pas dommage à l’existant, permet de régler habilement le contrôle de l’accès à l’exposition.
La maison du jardinier dans sa partie sud contient l’administration sur deux niveaux, la partie nord ouverte sur doubles niveaux et sa charpente accueillent une généreuse salle d’exposition temporaire.
Le restaurant est situé "dans la ruine" du donjon, sous la terrasse panoramique. Le cheminement un peu labyrinthique pour y accéder est une succession d’espaces introvertis. On pénètre par l’ancienne cave percée d’un oculus dans sa voûte, puis par un couloir pour ensuite découvrir la salle du restaurant avec ses grandes ouvertures cadrant largement le paysage lacustre tout en signalant, par l’énorme épaisseur de leurs embrasures, la présence du mur fortifié du donjon.
La disposition du programme est très fonctionnelle pour le musée du jeu. Par sa position, le restaurant devient un établissement public fonctionnant également de manière indépendante du musée. La position du restaurant permet de conserver l’utilisation publique de la terrasse panoramique. Le fonctionnement de la chambre de chercheur/hôte, pas en rapport avec la bibliothèque, pose problème et devra être réétudié.
Le jury apprécie la grande qualité des espaces proposés, autant pour les bâtiments existants que pour les volumes ‘’extrudés’’ du restaurant. La coupe sur la maison du jardinier, reconnaissant l’ancienne typologie de la grange et offrant un volume généreux, est particulièrement appréciée. Le jury relève également la qualité du dessin du jardin de la terrasse Ouest, côté lac, de même que le soin apporté aux coupes constructives, par lesquelles sont représentés les principes d’intervention sur chaque bâtiment. Les propos tenus tout au long des textes explicatifs confirment en outre une bonne compréhension des principes d’intervention sur un monument classé.
La fouille dans la zone du donjon représentera une opportunité de compléter la connaissance archéologique de cette partie du site qui, en l’état, n’a que fait l’objet d’hypothèses. L’existence des murs enterrés du donjon, suggérés dans l’analyse historique, n’est pas confirmée à ce jour. Dans tous les cas, le projet d’occuper les ruines du donjon restera subordonné aux investigations archéologiques et à la mise en valeur des éventuelles découvertes. Dans ce cadre, l’opportunité de la mise en relation de la cour du château avec la rive du lac devra être envisagée.
Au plan du coût, le projet se situe dans la moyenne supérieure de par l’intervention dans les ruines du donjon alors que le traitement du corps de logis et de la maison du jardinier dénote une grande économie de moyens.
2e rang, mention: projet «Messire»
Le projet "Messire" propose, en plus de la porte principale, la création de deux nouveaux percements de la muraille. Le premier sur la façade ouest du château, entre le bâtiment principal et la ruine du donjon et le second entre le donjon et la maison du jardinier.
Les aménagements extérieurs du château mettent en valeur ces trois ouvertures.
L’accès principal depuis la ville est aménagé comme une réplique historique revisitée, il enjambe à l’aide d’une passerelle la douve, planté d’une multitude de ‘’plots à sauter’’ bleus. Côté ville le talus du fossé est modifié afin de permettre un accès depuis la rue du Château ou depuis la rue du Temple. Côté ouest, des jardins sont recréés le long du bâtiment principal. Côté est, une petite rampe est aménagée pour offrir un accès direct depuis le port, au travers du nouveau percement.
La position des fonctions dans les bâtiments du château est très proche de la situation actuelle. Le corps principal accueille le musée, avec au rez-de-chaussée la réception, la salle d’animation et celle des expositions temporaires. Le premier étage et les combles servent de salles de l’exposition permanente. La maison du jardinier abrite le restaurent au rez-de-chaussée, tandis que l’administration et la bibliothèque occupent le premier étage. Les combles servent de local d’archives. La terrasse surélevée est conservée, l’emplacement du donjon est signalé par un revêtement de sol et par une structure légère et lumineuse. La cave voutée ne servant plus de passage, pourrait retrouver une fonction propre.
La répartition des salles ainsi que les parcours en rapport avec le musée sont convaincants et pratiques.
Les interventions constructives proposées sur les bâtiments sont cohérentes, interventions attentives à l’existant sur le bâtiment principal, interventions plus en profondeur sur la maison du jardinier. Les interventions sur la muraille sont les plus invasives, mais justifiable de l’avis du jury car limitées et très claires conceptuellement.
Le jury apprécie la force et la simplicité de cette proposition qui avec peu d’intervention décloisonne véritablement le château, le mettant par les nouvelles ouvertures directement en rapport avec les rives du lac et offrant ainsi de nouvelles perspectives tant à la partie restauration qu’à la partie muséale.
Pour la création d’un passage entre corps de logis principal et le donjon, l’ancien mur d’enceinte est abattu. S’il est regrettable qu’aucune trace de la limite ne soit conservée, il faut saluer le délicat jeu de rampes permettant d’atteindre la cour et la terrasse du donjon en un seul mouvement. De même, la volonté de redéfinir l’espace entre la maison du jardinier et le donjon ainsi que la qualité d’interprétation des données historiques pour le projet de site sont à relever.
La disposition du programme dans la maison du jardinier n’est spatialement pas très aboutie : faible hauteur dans le restaurant et plancher intermédiaire interrompant les arcades. Il est regrettable que les salles louées (expositions temporaires) ne soient pas en relation avec le restaurant et la terrasse. L’image illustrant la silhouette illuminée du donjon peine à convaincre. Le percement de la muraille et l’excavation nécessiteront des fouilles archéologiques sur un secteur limité et jugé moyennement risqué au niveau archéologique.
Au niveau économique, le projet se situe dans la moyenne inférieure.
3e rang, 2e prix: projet «PETIT ROQUE»
Le projet se distingue par des choix d’intervention et de transformation particulièrement attentifs à l’existant.
Un projet en filigrane qui parvient à conserver toute leur substance aux différentes entités composant le château, y compris à la maison du jardinier. Il propose également de repenser les parcours dans et autour du château en ouvrant un passage entre l’ancien donjon et le corps de logis principal. Particulièrement bien dessiné et matérialisé, il se distingue des autres projets faisant une proposition similaire par sa volonté de conserver la lecture de l’ancien mur d’enceinte. Ce dernier n’est pas abattu, mais simplement percé, détail qui offre une persistance à l’ancienne limite.
L’ouverture d’un nouveau passage, à savoir d’un nouvel accès au site du château, est le geste concepteur indispensable pour résoudre la contradiction entre la fonction attribuée actuellement au château, un espace ouvert sur la ville et sur le lac, et celle de la mémoire d’une forteresse fermée. Ce geste fort, cette ouverture du rempart du donjon, apparemment facile, est le fruit d’une intuition intelligente qui résout d’une manière mesurée et discrète le rapport presque toujours conflictuel, entre le passé et le présent.
Si la création d’un passage a séduit le jury, l’introduction d’une nouvelle entrée du musée à cet endroit, située à l’extrémité sud du corps de logis, de le convainc pas. L’accès à l’exposition permanente s’effectue au travers d’une salle de médiation, ce que l’on ne peut admettre au plan fonctionnel. Considérée depuis le quai ou depuis la cour du château, cette nouvelle entrée est peu visible et concurrence sans raison les entrées existantes pourtant maintenues.
De bonnes qualités conceptuelles peuvent se lire dans l’organisation des espaces intérieurs des deux bâtiments. En particulier, le jury se plaît à dire que l’organisation “des espaces en enfilade” du corps de logis qui regarde vers le lac, prend son sens par le respect des préexistences. En fait, l’intéressante disposition des multiples et diverses fonctions a son origine dans une lecture réfléchie des structures existantes (voir dessin des coupes).
Les coupes constructives à l’échelle 1:20 sont particulièrement soignées et démontrent une bonne connaissance de la construction ancienne. Ce soin porté au détail est confirmé par la volonté d’appliquer un enduit sur les façades de la maison du jardinier. Le projet est donc, essentiellement une simple coupure dans le mur d’enceinte entre les vestiges du donjon et le bâtiment classique, une coupure qui laisse intacte la magnifique terrasse verte. La "coupure" est la seule partie nouvelle du projet, mais cela suffit pour conférer un nouveau rôle à la forteresse dans la ville. Le projet petit roque peut être défini comme essentiel, minime, dans un sens positif et en même temps très riche et complexe, également dans un sens positif. Cette intéressante dualité est générée par une seule intervention architecturale radicale très efficace. Il s’agit d’une proposition de restauration conservatrice mais en même-temps fortement novatrice. Au niveau économique, le projet se situe dans la moyenne.
4e rang, 3e prix: projet «XV-XVIII-XIX»
La proposition se fonde sur une lecture attentive et cohérente du site et des trois époques qui l’ont marqué: le XVe siècle au nord-est, en relation avec la ville, le XVIIe à l’ouest, côté lac, et le XIXe au nord-est, côté port. Le traitement différencié de ces trois faces, reconnaît et accentue leur caractère spécifique: médiéval, baroque et romantique.
Le projet XV-XVIII-XIX se distingue par des choix de conservation particulièrement attentifs à la nature du patrimoine existant. Un projet en filigrane qui parvient à conserver toute leur substance aux différentes entités composant le château, à l’égard desquelles il affiche deux attitudes différenciées, spécifiques et complémentaires, tant au plan de l’intervention sur le bâti qu’au plan de l’affectation des espaces. Consacré au musée, le corps de logis fait l’objet d’une intervention très légère et ciblée qui donne la prévalence au monument alors que la maison du jardinier s’adapte au nouveau programme des salles et activités indépendantes des horaires du musée par une intervention assez lourde et générale.
Le corps de logis reste presque intact. Les interventions antérieures, historiquement datées, sont entièrement conservées. Le projet propose deux interventions bien localisées, au motif fonctionnel. L’une, au rez-de-chaussée, affecte le mur de refend qui sépare l’aula initiale du corps de logis, en élargissant le passage existant. L’autre, au sous-sol, consiste à inverser l’ouverture de la porte de l’ascenseur. Au motif de l’économie d’énergie, le projet propose d’isoler la toiture par-dessus la charpente existante, sans modifier les larmiers et les avant-toits, d’insérer des verres isolants dans les fenêtres extérieures et d’ajouter une isolation à l’intérieur des contrecœurs. On peut imaginer que les embrasures fassent l’objet d’une même amélioration sans que le projet l’explicite. On trouve également l’adjonction d’une chemise de drainage au pied des murs de façades.
Les interventions sur la maison du jardinier, plus invasives, ne sont toutefois pas de nature à remettre en question la valeur patrimoniale de l’objet, qui réside avant tout dans son appartenance à un ensemble et non dans ses caractéristiques propres. Ainsi le percement ou l’élargissement de passages dans les murs de refend du rez-de-chaussée ou la création d’une large baie en façade ouest ne devraient pas dénaturer l’ensemble du château. De même, la passerelle ralliant le premier étage de l’annexe et la terrasse du donjon, geste architectural fort mais réversible, ne représente pas une atteinte au site classé monument historique. Ces deux axes concourent à mettre en valeur le jardin supérieur. La toiture est isolée par l’extérieur. Les murs de façades sont isolés par l’intérieur, y compris les contrecœurs et les embrasures. Les fenêtres sont remplacées. A l’intérieur du bâtiment, la structure des planchers est entièrement reconstruite sous forme de dalles en béton armé, revêtues de chapes flottantes. On trouve également l’adjonction d’une chemise de drainage au pied des murs de façades.
Le corps de logis est affecté à l’accueil des visiteurs, à l’exposition permanente et à l’administration du musée. Cette dernière occupe la partie sud du bâtiment en s’étageant du rez-de-chaussée aux combles reliés par la cage d’escalier existante. Toutefois, ce parti n’est pas assumé pleinement car une fraction de l’administration est placée à l’opposé du bâtiment, au rez-de-chaussée et au sous-sol, obligeant les collaborateurs à traverser la réception et la boutique.
On accède au musée par les entrées principales, côté cour et côté jardin, en passant par la réception et la boutique. L’exposition permanente occupe l’étage et les combles, auxquels on accède par la cage d’escalier centrale. Les visiteurs provenant de la cour échappent au contrôle de la réception.
Les salles d’animation et de location, à savoir l’exposition temporaire, occupent le rez-de-chaussée de la maison du jardinier. L’étage est affecté à la cuisine et au restaurant, largement ouvert sur le lac et relié par une passerelle au jardin supérieur, aménagé en terrasse, accessible également depuis la cour par l’escalier existant. Cette situation enlève toute visibilité publique au restaurant. Les salles de location bénéficient de la proximité de la cuisine, qui peut les desservir par le monte-charge. La bibliothèque est située dans l’espace des combles.
Au niveau économique, le projet se situe dans la moyenne inférieure.
5e rang, 4e prix: projet «EAU TOUR»
Le projet EAU TOUR prend le parti d’une intervention minimale, en se limitant à réaffecter les surfaces existantes dans les deux bâtiments du château pour le programme du musée, sans nouvelle construction. Une lecture critique des transformations et adjonctions subies par le château est effectuée, aboutissant à proposer la démolition de la galerie et tourelle de la face est du corps de logis. La façade du XVIIIe siècle est alors restituée.
La répartition du programme prévoit l’accueil et le restaurant au rez-de-chaussée du corps de logis, puis les expositions permanentes et l’animation dans les étages. Les accès au musée et au restaurant partagent le couloir d’accès existant, ce qui permet une indépendance d’utilisation bienvenue. Toutefois, l’organisation du restaurant et de ses services prévoit une cuisine en sous-sol qui sera problématique pour le fonctionnement, avec un escalier de service déplacé. Les expositions temporaires, la bibliothèque et l’administration prennent place dans la maison du jardinier. Placer l’exposition temporaire dans un autre bâtiment que celui où se situe l’accueil n’est pas optimal pour la gestion et la surveillance du musée. Les archives sont prévues dans la partie sud-ouest des combles de la maison du jardinier. Globalement, les circulations sont problématiques, tant du point de vue de l’utilisation que des normes incendie.
Les interventions proposées dans le corps de logis du XVIIIe siècle sont assez importantes, impliquant notamment la démolition et la reconstruction des escaliers nord et sud, y compris le mur de refend de l’escalier nord. Ces interventions auront inévitablement un impact important également sur les planchers anciens. Une bonne partie du cloisonnement de la travée est aussi démolie. On peut noter également la création de nouvelles entrées de service pour la cuisine du sous-sol.
Les interventions sur la maison du jardinier sont également assez conséquentes. Un sous-sol technique partiel est creusé en sous-œuvre, ce qui implique un risque archéologique. Un nouveau bloc de circulation est créé au centre du bâtiment, desservant tous les niveaux, mais curieusement configuré avec des accès d’escalier et d’ascenseur donnant directement dans les locaux au lieu de halls. Ce dispositif rendra difficile la gestion et l’utilisation des diverses fonctions prévues et n’est pas compatible avec les normes AEAI. Les combles sont partiellement exploités pour les archives, ce qui n’est pas optimal.
Les aspects de la conservation-restauration et de la mise en valeur du monument historique sont à peine abordés. L’auteur du projet propose le remplacement des crépis du corps de logis et de la maison du jardinier par un crépi isolant. Il n’est pas fait mention des autres maçonneries du château. Deux coupes constructives renseignent sur les interventions envisagées sur le corps de logis et sur la maison du jardinier. Ces détails sont extrêmement sommaires et laissent penser que la conservation des anciennes menuiseries est prévue, avec adjonction de doubles fenêtres intérieures et contrecoeurs isolés. Les toitures sont isolées sur chevrons.
Au niveau énergétique, le projet propose le recours à une pompe à chaleur en utilisant le lac comme source. Le projet ne fait qu’esquisser les pistes pour les améliorations thermiques, qui seraient ponctuelles. La ventilation et le confort été hiver ne sont pas traités. Au niveau économique, le projet se situe dans la moyenne.
6e rang, 5e prix: projet «ENFILADE»
En ce qui concerne l’aménagement urbanistique du périmètre élargi, le projet cherche surtout à faire ressortir l’identité historique et la force symbolique du site en rendant lisible sa typologie insulaire détachée de la ville. Pour ce faire, il propose des interventions délicates et peu destructives. Le système de défense originel, est mis en évidence au moyen d’interventions discrètes et pertinentes, qui rendent plus lisibles les dispositifs de protection médiévales. Une fois à l’intérieur des murs d’enceinte, les espaces s’articulent autour de la cour, toujours dans un schéma de site replié sur lui-même.
La restauration proposée dans les deux bâtiments suit la logique que l’on trouve dans toutes les actions proposées par ce projet, à savoir l’effort de minimiser les interventions dans la structure et respecter la valeur patrimoniale de l’édifice. En ce qui concerne la physique du bâtiment, le principe proposé est minimaliste et traite partiellement le confort thermique des bâtiments. Le projet prévoit d’améliorer la protection thermique de l’enveloppe, en créant sous la toiture existante un nouveau plafond suspendu avec isolation thermique intégrée. Les murs sont isolés ponctuellement par l’intérieur, mais uniquement dans les combles.
Du point de vue fonctionnel, cette proposition place le restaurant, l’administration et la bibliothèque dans la maison du jardinier. On accède au musée via l’entrée secondaire du corps de logis. Le visiteur passe ensuite par la boutique pour arriver à l’exposition temporaire. On trouve les expositions permanentes dans les deux niveaux supérieurs. De cette manière, les entrées principales restent toujours fermées, et le Château n’est pas accessible du côté lac, ce qui a été regretté par le jury.
Ce projet en filigrane, parvient à conserver toute leur substance aux différentes entités composant le château, y compris à la maison du jardinier. Malgré ce minimalisme, le projet parvient à proposer pour l’ensemble des volumes une nouvelle spatialité, cohérente et fonctionnant comme un fil rouge dans le parcours de découverte du monument. L’attention particulière portée à chaque espace est confirmée par la proposition faite pour la réaffectation de la cave voûtée en « musée du château », qui démontre également la volonté de conserver au château une bonne place dans la vie du musée. Les coupes constructives à l’échelle 1 :20 sont particulièrement soignées et démontrent encore une fois un véritable sens du détail, indispensable pour intervenir sur un monument de cette importance. Bien qu’il a pu remarquer la cohérence et la qualité de la proposition, le jury a signalé néanmoins le point faible de ce projet, à savoir le manque de recherche d’ouverture et d’interaction entre le château et la promenade du bord du lac, ce qui contribuerait à reconnecter le site avec les alentours, et clarifier son affectation actuelle, ludique, ouverte et moderne. Au niveau économique, le projet se situe dans la moyenne.
7e rang, mention: projet «AULA MAGNA»
Le projet répartit les différentes entités du programme avec d’une part, dans le corps de logis principal, le musée du jeu, la bibliothèque et le restaurant et d’autre part, dans la maison du jardinier, la salle des expositions temporaires, l’administration et les locaux de stockage.
Avec une attitude déterminée et assumée concernant l’intervention proposée vis-à-vis du patrimoine, le projet réorganise complétement la distribution du corps de logis principal en substituant les deux escaliers existants par une nouvelle cage centrale et en remplaçant l’ensemble de plancher. Cette décision majeure offre de nouvelles possibilités fonctionnelles, dont le projet tire habillement parti en bonne adéquation avec la division en trois du corps du bâtiment par les murs de refend. Au rez-de-chaussée, se trouve l’accueil avec possibilité d’entrer côté lac ou côté cour ; de part et d’autre se trouvent les salles d’animation et le restaurant. L’étage est occupé par la bibliothèque et le début des salles de l’exposition permanente, qui se poursuit dans les combles. Au sous-sol, sont relégués cuisine, sanitaires et locaux techniques. Cette nouvelle distribution centrale permet en outre un fonctionnement indépendant des différentes entités réunies dans le château. Pour restituer la volumétrie initiale du XVIIIe siècle, l’adjonction du début du XXe (la galerie et la tour) est supprimée. La façade originale est retrouvée, avec toutefois l’adaptation de quatre fenêtres en cohérence avec la suppression des escaliers existants.
L’intervention dans la maison du jardinier procède de la même attitude et logique en créant au centre une nouvelle distribution autour de laquelle s’organise avec clarté le programme. Au rez-de chaussée, sont situées toutes les surfaces administratives et l’espace d’accueil des expositions temporaires qui occupe, lui, tout l’étage. Les combles n’étant pas mis à contribution pour y loger une partie du programme, la charpente du bâtiment surplombe l’espace des expositions temporaires, conférant à cette nouvelle salle une belle ambiance. Un sous-sol sur l’entier du bâtiment est créé pour accueillir les ateliers du musée et tous les locaux de dépôt (archives, expos). Depuis la grande salle d’exposition temporaire, une passerelle longeant le mur d’enceinte permet de rejoindre de plain-pied le « jardin » du donjon. Reconnaissant la qualité de ce lieu et sa situation de belvédère sur le panorama du Léman et des Alpes, un travail fin d’aménagement est proposé pour améliorer l’accessibilité et l’usage du « jardin » du donjon, jugé actuellement délaissé.
Le projet se caractérise par une intervention conséquente sur la substance du corps de logis principal. Pour justifier ce choix, l’auteur du projet invoque les anciennes Aula Magna et Camera Domini, qui seraient ainsi remises en évidence. Cette interprétation, qui est historiquement discutable, conduit à la disparition d’une grande partie de la substance du second œuvre qui est par ailleurs en contradiction avec le choix de redonner à la façade Est son aspect du XVIIIe siècle. En effet, selon cette logique, le corps de logis principal mettrait en valeur des espaces intérieurs inspirés du bâti et de la spatialité du Moyen-Âge mais des façades de l’époque moderne. Il s’agit là d’une distorsion de l’histoire et d’un jeu dangereux de mise en avant conjointe de différentes époques qu’il apparaît difficile de justifier.
Le projet prévoit la démolition intégrale de tous les planchers de l’édifice et une reprise en sous-œuvre des deux murs de refend du corps de logis ce qui représente une très forte atteinte à la substance protégée du château. Sur la maison du jardinier, le projet propose une excavation et une reprise en sous-œuvre sous toute sa surface qui nécessiterai des fouilles archéologiques préalables. Bien que le projet semble se donner les moyens de répondre aux exigences techniques et climatiques des futurs locaux, le manque de précision ne permette pas d’apprécier avec finesse le concept énergétique.
Si le jury apprécie la clarté, la rationalité et la générosité de l’organisation des usages dans les volumes existants et reconnait que la suppression de la galerie apporte une restitution intéressante de la volumétrie du corps de logis, il juge par contre que l’impact sur la substance historique pour y arriver n’est pas justifiable dans le contexte donné.<(p>
8e rang, 6e prix: projet «Carcassonne»
Le parti principal du projet Carcassonne réside dans la création d’un nouveau corps de bâtiment sur la terrasse sud-ouest du château. Ce nouveau volume prolonge l’étage du corps de logis vers le sud, et complète l’angle du château dans la zone de l’ancien donjon démoli.
La répartition du programme du musée prévoit l’accueil et le restaurant au rez-de-chaussée du corps de logis, puis les expositions permanentes et l’animation dans les étages, tandis que les expositions temporaires sont installées dans la nouvelle aile sud. Les accès au musée et au restaurant partagent le couloir d’accès existant, ce qui permet une indépendance d’utilisation bienvenue. Toutefois, l’organisation du restaurant et de ses services prévoit une cuisine en sous-sol qui sera problématique pour le fonctionnement. La bibliothèque et l’administration prennent place dans la maison du jardinier. Le jury relève les qualités générales du fonctionnement du programme, et notamment la grande polyvalence de la nouvelle salle d’exposition temporaire, qui sera également une belle salle de location, ouverte sur la terrasse et la vue.
Les interventions proposées dans le corps de logis du XVIIIe siècle sont assez importantes. Si les escaliers conservent leur position, ils sont partiellement voire entièrement démolis. Au nord, la première volée est abattue puis reconstruite du côté opposé. Au sud, l’escalier est intégralement démoli pour permettre les connexions avec la nouvelle annexe. On peut aussi noter la suppression des planchers dans la tour nord- ouest pour y placer un escalier supplémentaire, nécessaire notamment pour le service du restaurant. Cette transformation fonctionnelle est une méprise historique, dans une tour à caractère défensif.
La création d’un local technique en sous-sol de la nouvelle aile, creusé dans la terrasse, présente un risque du point de vue archéologique. Le bénéfice pour le projet de ce local est discutable, d’autant plus que son réglage en altitude sera difficile, ce qui explique peut-être le fait qu’il ne soit pas dessiné en coupe.
Le risque archéologique devra de toute manière être assumé pour créer les fondations du nouveau bâti sur la terrasse. Concernant la nouvelle aile, si elle offre des qualités d’usage, on peut toutefois regretter l’ambiguïté d’un rehaussement du mur intérieur de la terrasse, traité avec la force d’une courtine, et qui déplace ainsi l’enceinte vers l’intérieur du château. La terrasse de l’ancien donjon s’en trouve ainsi privatisée et exclue de l’espace des cours.
Les interventions sur la maison du jardinier sont modestes. Les structures anciennes principales sont conservées. Les volumes aménagés sont traités comme des boîtes intérieures en bois. Le comble n’est pas exploité.
Les aspects de la conservation-restauration et de la mise en valeur du monument historique sont à peine abordés. Les deux coupes constructives renseignent sur la nouvelle aile et sur la maison du jardinier, mais pas sur le corps de logis principal. Ces détails sommaires ne donnent aucune indication sur les restaurations prévues pour les maçonneries anciennes notamment.
Au niveau technique, le projet propose le recours à une pompe à chaleur en utilisant le lac comme source. L’approche proposée se veut douce, évitant notamment le recours à une ventilation mécanique dans le corps de logis, et privilégiant une approche ponctuelle des améliorations thermiques en respectant les éléments patrimoniaux. La ventilation et le confort été hiver ne sont pas traités, hormis une proposition de mise en dépression des espaces par les ventilations de sanitaires.
Au niveau économique, le projet se situe dans la moyenne.