Transformation de la place de la gare de Brigue
Waldmattenweg, 3900 Brig
Publikationsdatum
16.11.2015
Auftraggeber
Stadtgemeinde Brig-Glis
Auftraggeber & Jury
Fachrichter
- Marc Angélil (Zürich, Architekt, Vorsitz),
- Anne Marie Wagner (Basel, Architektin),
- Sibylle Aubort Raderschall (Meilen, Landschaftsarchitektin),
- Jürg Conzett (Chur, Bauingenieur),
- Roland Imhof (Brig-Glis, Stadtarchitekt),
- Jgnaz Burgener (Brig-Glis, Kreischef Dienststelle für Strassen, Verkehr und Flussbau, Kreis 1 Oberwallis),
- Michael Martin (raum:spiel Gmbh, Zürich, Verfahrensbegleitung),
Sachrichter
- Louis Ursprung (Brig-Glis, Stadtpräsident),
- Manfred Holzer (Naters, Gemeindepräsident),
- Fernando Lehner (Brig-Glis, Unternehmungsleiter MGBahn),
- Anton Karlen (Brig-Glis, Leiter PostAuto Schweiz AG Region Wallis),
- Claudio Dini (Bern, Portfolio Manager Bahnhöfe SBB Immobilien),
- Patrick Hildbrand (Brig-Glis, Stadtrat / Ressortchef Bau und Planung),
Wettbewerbsresultat
Résultat Une « Linie » pour la gare de Brigue par Mounir Ayoub Autour de Luigi Snozzi, l’équipe composée de l’architecte italien Mauro Mariani, du paysagiste français Michel Desvigne et du bureau d’ingénieur tessinois pedrazzini guidotti propose un projet «élégant, à la fois léger et robuste, atemporel, inondé de lumière». Tels sont les mots qu’a choisis le jury pour décrire de façon dithyrambique la proposition lauréate du concours de la place de la gare de Brigue. La gare actuelle se situe en lisière de la ville, au creux de la vallée du Rhône. Deux lignes de trains s’y croisent, celle des CFF et de la Matterhorn-Gotthard Bahn (MGB). Les deux quais de voyageurs se situent à des niveaux de terrains distincts. Le premier quai est au niveau de la ville et le second au niveau du talus surélevé en bordure du fleuve. L’espace devant la gare dessine un grand vide rectangulaire. Côté ville, le front bâti du bourg ancien et côté gare, de part et d’autre du bâtiment principal, des bâtiments en ordre discontinu qui s’adossent au talus. Seul un vide jouxtant la gare à l’ouest avec une série de cinq châtaigniers dégage une relation visuelle entre les quais bas et hauts, entre la ville de Brigue et Naters au nord. Ce tout disparate est surplombé par l’immense sommet du Glishorn. Le concours demandait aux concurrents de proposer un projet de couverture des quais de la MGB ainsi qu’un projet d’espace public autour de la gare existante. Une réponse en deux temps Le projet lauréat démarre d’une critique du programme du concours. En contestant les choix urbains du maître de l’ouvrage, en l’occurrence le maintien de l’actuelle séparation spatiale des deux lignes de trains, les concepteurs imaginent un projet en deux phases. Dans un premier temps, ils laissent intact le front bâti de la gare en n’intervenant que sur la place. Dans un second temps, ils proposent de supprimer les bâtiments du front bâti coté gare et de les remplacer par un socle bas à la même hauteur que le talus. De ce socle, qui reprendrait les programmes supprimés lors de la deuxième phase, émergerait ainsi seul le bâtiment principal de la gare. Mais en attendant que cette proposition urbaine puisse advenir, le projet de concours articule une intervention réduite à seulement trois composants: un sol, une toiture et une porte. Un sol, une toiture et une porte Sur l’ensemble de la place, le sol est laissé en asphalte. Devant la façade de la gare et dans l’axe de la rue principale en direction du Glishorn, un rectangle en plaques de granit délimite un espace partagé par les piétons, les cyclistes, les bus et les trains. Le choix de l’asphalte sur la majeure partie de la place ne se justifie pas seulement par son bas coût, mais il relève – au moins autant – d’une volonté urbaine de prolonger le sol existant de la ville à l’intérieur du site du projet. Le changement de matériaux au niveau du rectangle central démarque simplement un changement d’affectation de l’espace public en une aire de partage entre plusieurs usagers et types de mobilités. Deux toitures de 210 mètres de long et 12 mètres de large reposent chacune sur une série de dix poteaux. Ceux-ci sont constitués par des surfaces réglées avec une directrice inférieure sous la forme d’une ellipse et une directrice supérieure sous la forme d’un cercle. Chaque toit se plie légèrement vers le bas au niveau de sa ligne médiane pour permettre l’écoulement de l’eau dans des descentes cachées à l’intérieur des poteaux creux. Chaque toiture couvre un quai et entre ces deux toitures, au-dessus de l’espacement entre les rails, une fente linéaire donnera son nom au projet: la ligne. Nous y reviendrons plus loin. A l’est de la place, les trains entrent en gare par deux portiques en forme de L inversé et détachés l’un de l’autre par une fente dans la continuité de celles des toitures. Cette «porte» a suscité des interrogations de la part du jury, tant elle ne semble pas avoir une utilité dans le fonctionnement de la gare. Mais dans sa disposition avec le toit et la place, elle joue un rôle important en équilibrant la composition de l’ensemble en plaçant le rectangle en granit dans une position centrale et à égale distance entre la façade sud, le bâtiment de la gare au nord et les quais à l’ouest. C’est en quelque sorte la quatrième façade sans laquelle la place ne pourrait se lire. Que ce soit le rectangle central, le toit ou la porte, les éléments archétypaux sont à chaque fois employés dans leurs significations premières. Ils sont disposés avec précision et avec eux seulement, Luigi Snozzi et son équipe ordonnancent la place de la gare. Mais ces éléments résonnent en même temps en différentes interprétations qui font écrire au jury dans son rapport que le projet est « en même temps simple et complexe». Le titre même du projet – la ligne – renvoie à la fois à cette réduction de moyen et à une multiplicité de lectures possibles. Le thème de la ligne chez Luigi Snozzi La ligne est un thème récurent dans l’architecture de Luigi Snozzi. Elle revêt, dans le projet de la gare de Brigue, trois lectures possibles qui résonnent parfois avec des projets précédents. A Brigue, la ligne est dessinée par le vide laissé entre les deux toitures. Cette fente, ou « oculus » comme la décrit Luigi Snozzi dans le texte du concours, laisse entrevoir, pour les passagers sur le quai, une découpe linéaire et franche dans le paysage rocheux des montagnes alentours. Cet oculus linéaire fonctionne pour le passager-regardeur sur le quai comme une coupe nette sur la puissante géographie du lieu. Les bords nets des toitures des quais de la gare de Brigue dessinent un grand segment de droite. La confrontation entre la rigueur géométrique de la ligne et la géographie accidentée des montagnes, Luigi Snozzi l’a déjà explorée pour un autre projet, la gare de Naples-Afragola en Italie : deux volumes allongés et parallèles se décollent du sol, de telle façon qu’ils apparaissent dans le paysage montagneux comme une nouvelle ligne d’horizon entre le regardeur et le Vésuve. Dans ce projet, et sans doute aussi pour la gare de Brigue, la ligne apparaît comme une ligne d’horizon qui dessine un nouvel équilibre par la mise à distance du regardeur et du paysage montagneux. Dans son projet de quartier d’habitations à Celerina, Luigi Snozzi avait utilisé le thème de la ligne, mais cette fois-ci dans sa signification de limite. Il proposait de définir par une ligne la limite – à ne pas dépasser – d’extension du village. Ainsi, il décidait d’une aire d’extension urbaine entre le cœur historique et la ligne tracée à une distance déterminé de celui-ci. Quelques années plus tard, à Monte Carasso, il situait les barres linéaires de logements collectifs volontairement éloignées du centre et fabrique ainsi une nouvelle limite pour l’urbanisation du village tessinois. A Brigue, la gare actuelle se situe en lisière du bourg, Luigi Snozzi choisit de consolider cette situation urbaine en dessinant une limite affirmée en bordure de la ville. Oculus linéaire cadrant une fente visuelle au-dessus des quais, ligne d’horizon qui dessine un nouveau repère de mesure dans le paysage ou, enfin, affirmation matérielle d’une limite pour la ville de Brigue, Luigi Snozzi propose, avec Linie, un projet à la fois précis par les éléments archétypaux (sol, toiture et porte) qu’il met en place pour répondre aux exigences du programme, et en même temps ouvert par ses multiples interprétations et ses résonances.